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Sud Ouest le 27 novembre 2011

Par Grégoire Morizet

joanna-et-jean-claude-debat.jpg

 Photo: G. M.

 

Après une pièce de théâtre sur la trans identité, le comédien Jean-Claude Dreyfus et la transsexuelle Joanna Gobert ont répondu aux questions des spectateurs

 

Le rideau tombe. Jean-Claude Dreyfus, grimé en femme, vient de passer une heure sur scène, seulement accompagné du contrebassiste Philippe Thibault. Dans « Le mardi à Monoprix », il raconte la journée ordinaire d'une femme extraordinaire. Une femme qui est née homme et qui vient rendre visite à son père, un solitaire aigri qui n'a jamais accepté cette transformation.

Le public est abasourdi par la maestria de l'acteur, sa puissance physique, celle de son jeu. L'œil rieur, il lance : « Vous permettez que j'enlève mes escarpins et que j'enfile des Crocs et je vous rejoins pour débattre. »

 

Une demande de pardon

Habituellement, les comédiens débattent de la pièce après les représentations mais là, Jean-Claude Dreyfus a fait une exception. « Joanna m'a écrit sur mon site, me demandant si nous pouvions profiter de la pièce pour parler de la transsexualité et de la transidentité. » Intrigués, la plupart des spectateurs sont restés.

Joanna se présente. C'est une grande femme brune, mince, habillée en blanc.

Quand elle est née, en 1958, elle a été baptisée Joan. « J'ai été élevée par une nourrice au milieu de femmes. J'ai eu un choc à huit ans, quand on m'a retiré à ma famille d'accueil pour me placer dans un pensionnat pour garçons. » Suivent 7 ans de solitude.

Les années passent, Joan se marie, a deux enfants d'une femme. « En moi-même, je me disais : ''Elle ne me comprend pas''. Aujourd'hui, je sais qu'elle est dans cette salle et je dis une chose que je n'ai jamais su lui demander : pardon. »

Questions en rafales

Le public commence à se passionner. Les questions fusent : « Quel sexe avez-vous sur votre état civil ? » « Je suis un homme, mais sur ma carte Vitale, j'ai réussi à être une femme. » « Est-ce plus difficile en milieu rural ? » « Les villes sont moins grandes, on y est plus facilement exposé et identifié que dans les mégalopoles. Mais à Auch, je n'ai rencontré aucune difficulté. »

« Quand avez-vous sauté le pas ? » « J'étais serveuse. J'ai dit à mon patron : ''Il n'y a plus de Joan, je suis Joanna''. Il m'a répondu : ''Et bien Joanna ira servir dehors''» La facilité qu'a Joanna pour s'exprimer ne l'empêche pas de tenir un discours grave : « Cette situation peut pousser des adolescents jusqu'au suicide. Et les gens disent alors : ''Il était mal dans sa peau''. Ils ne se rendent pas compte que c'était vraiment le cas. »

On imagine alors le calvaire qu'elle a dû subir : « Quand vous jouez pendant 50 ans le rôle qu'a tenu sur scène Jean-Claude, vous étouffez, vous flanchez, vous craquez. Mais quand on passe le cap, c'est 2 000 % de bonheur. »

Jean-Claude Dreyfus est sous le charme : « Votre propos me fait penser à quelqu'un qui nous a quittés et que nous aimions beaucoup : Annie Girardot. »

Sur le perron de la mairie, les spectateurs sont partagés. « J'aurais préféré que l'on parle plus de la pièce », regrette l'un. « Pour moi, quand on a une bistouquette, on est un homme, sinon on est une femme » proteste un autre. Enfin, l'émotion était là : « C'est passionnant, profond, émouvant, et en rapport avec la pièce que l'on vient de voir ».

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